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Collectionner les livres de photos

Par Christian Caujolle/artnet.fr

S’il est la meilleure foire au monde pour la photographie, c’est aussi parce que Paris Photo est à l’écoute des évolutions en profondeur du marché et pas seulement des modes qui sont susceptibles de l’agiter. C’est ainsi que le livre y a été représenté de façon discrète – bien que fort exigeante – dès les  premières années par une librairie spécialisée comme La Chambre Claire, un distributeur et éditeur rigoureux comme Markus Schaden, un éditeur rare comme le suédois Journal ou un libraire d’ancien comme 213.

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Lazslo Moholy Nagy, Malerei Fotografie Film
Bauhaus Bücher 8, 1927, 238x188mm, Copyright Bauhaus archives, Courtesy Denis Ozanne, Paris

Aujourd’hui, plusieurs libraires spécialisés, français et étrangers, sont présents et il n’est pas rare que des galeries proposent également des volumes rares ou des exemplaires soit dédicacés, soit accompagnés de tirages originaux, soit ayant appartenu à un collectionneur ou à un photographe renommé. C’est là le résultat du véritable engouement pour la photographie sous sa forme imprimée qui s’est largement développé au cours des quinze dernières années, au point que la plupart des ventes de qualité consacrent au livre une partie de leurs numéros et que des ventes, souvent spectaculaires, lui sont entièrement dédiées ( la maison Pierre Bergé, par exemple, organise le 21 octobre une vacation de 248 lots dans laquelle, à côté des désormais classiques Man Ray, Brassaï, Robert Frank ou William Klein, on voit se confirmer la tendance forte sur le livre japonais des années soixante et soixante-dix et l’intérêt croissant pour les ouvrages de propagande avec un rare ouvrage portugais de la période Salazar de 1934).

On remarque, non sans surprise, que des titres très récents (moins de dix ans, parfois à peine cinq ans d’âge) atteignent des cotes très élevées. Si cela se justifie, parfois, par le très faible tirage des ouvrages, par des aléas qui ont vu une partie du tirage disparaître ou par une singularité du volume – une curiosité de brochage ou un exemplaire enrichi de dessins ou textes –  le prix s’explique généralement par la présence du titre dans  ce qui est de venu LA Bible de l’amateur de livre photographique.

Car il y a un avant et un après Martin Parr, dans le domaine du livre en tout cas. Le photographe et collectionneur anglais, qui a fait lui-même commerce de ses passions, a publié deux volumes, l’un en 2004, l’autre en 2006, qui recensent, décrivent fort bien et adoubent comme autant de cultes un bon millier de titres, du XIXème siècle à aujourd’hui. Le titre un peu arrogant, The Photobook, est légèrement nuancé par le sous-titre, A History. Si l’intérêt des ouvrages, publiés par Phaidon et aujourd’hui eux-mêmes collectionnés parce qu’épuisés est indéniable (ils sont curieux, révèlent un goût, de la passion, une vraie attention aux objets et s’ouvrent à des catégories longtemps méprisées comme la publication d’entreprise, la brochure publicitaire, l’ouvrage d’architecture par exemple, dès lors qu’ils présentent une vraie direction photographique par le nom de l’auteur ou la mise en page), il n’en reste pas moins qu’ils sont subjectifs et naturellement discutables. On aura intérêt à les comparer à une petite merveille antérieure, le Book of 101 Books, The: Seminal Photographic Books of the Twentieth Century, publié en 2001 par PPP à New York et proposant un autre point de vue d’historiens, galeristes et photographes.

Phénomène remarquable, même s’il est parfois inquiétant et contestable, la seule mention dans « le » Martin Parr a fait exploser la côte immédiatement, comme chacun a pu le constater lors de la publication du second volume.

Il n’en reste pas moins que, dans le domaine du livre – mais aussi des magazines illustrés – le champ reste vaste pour la curiosité. A côté de certaines thématiques déjà évoquées, il reste encore de la place du côté de certains livres pour enfants, des publications des laboratoires pharmaceutiques de l’entre deux guerres qui réservent de belles surprises, de la multitude de publications allemandes, tchèques, russes ou hongroises.

Dernier conseil pour tous ceux qui s’intéressent aux artistes d’Amérique du Sud. Dépêchez vous de l’acheter, si vous le trouvez : le troisième tome du Martin Parr est consacré à cette zone géographique, il va partir sous presse (Images en Manœuvre pour la version française) et les prix vont donc flamber.

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Ryan McGinley, The Kids are Alright., 2000,
Photo-book, courtesy Harper´s Books, East Hampton